Alors que l'équipe de Pascal Janin a entamé hier sa semaine de préparation pour le 8e tour de la Coupe de France - dimanche (16h) contre Thionville -, les tractations se poursuivent en coulisses. Un nouvel entraîneur, en l'occurrence Jacques Santini, pourrait être nommé aujourd'hui. Quant au futur actionnaire principal, Alain Fontenla, il est attendu à la Meinau en fin de semaine.
Depuis sa dernière expérience sur le banc auxerrois, en 2005-2006, Jacques Santini coule des jours paisibles dans le Forez. L'appel du Racing doit le sortir de sa retraite. (Photo AFP)
Les astronomes amateurs pourraient peut-être diriger leur lunette vers la Meinau. A la Tête de Cheval, à Orion ou au petit nuage de Magellan s'ajoute depuis quelques jours la nébuleuse Racing. Comme les autres objets célestes, celle-ci est d'aspect diffus mais dégage beaucoup de lumière, ce qui attire les regards.
Sans attendre de connaître clairement le rôle des différents actionnaires, si l'on considère que tous sont désormais connus, Julien Fournier est entré en action. Le nouveau PDG s'active pour trouver un successeur à Pascal Janin, dont le crédit semble être épuisé depuis la défaite nîmoise (1-2).
Histoire de clarifier une situation emberlificotée, une revue de détails des certitudes et des interrogations s'impose. Car en l'espace de quatre jours, beaucoup de choses ont changé. A la vitesse de la lumière...
Les dirigeants
sortent de l'ombre
LES CERTITUDES. - Depuis vendredi matin, Philippe Ginestet n'est plus le président du Racing. L'homme d'affaires alsacien a passé le témoin à Julien Fournier (35 ans), ex-secrétaire général de l'Olympique de Marseille, d'où il a été licencié en juin dernier.
Dans le sillage de Ginestet, Jean-Luc Herzog a démissionné de ses postes de président-délégué et de directeur général, tout en acceptant d'assurer la transition durant les trois mois de son préavis. Les deux hommes restent, tout au moins symboliquement et temporairement, administrateurs de la SASP Racing.
De fait, Julien Fournier a endossé le costume de PDG salarié, à la solde d'un groupe d'investisseurs spécialisés dans la finance et basés à Londres et à Genève. A ce jour, un seul d'entre eux s'est montré à la Meinau. Il s'agit de Christophe Cornelie (34 ans), nommé au Conseil d'administration de la SASP vendredi au côté de Fournier. L'homme est le représentant de Carousel Finance SA, société spécialisée dans le conseil et la gestion des actifs dont le siège est à Genève. Il devrait occuper le poste de président-délégué au sein du Racing
LES ZONES D'OMBRE. - Une troisième nouvelle tête est apparue vendredi à la Meinau, mais elle est restée dans l'ombre. Ralph Isenegger (42 ans), avocat suisse dont l'étude est située à Genève, semble pourtant être au coeur du dossier de reprise. Ses connexions dans le milieu du football professionnel lui ont permis de réunir les différents protagonistes - étrangers, eux, aux choses du ballon rond - autour d'un but commun : racheter le club.
Vendredi dernier, il a donc assisté au Conseil d'administration avant de se glisser discrètement dans l'assistance lors de la conférence de presse de Julien Fournier. Jouera-t-il un rôle dans le nouvel organigramme ? « Il connaît tous les acteurs du dossier, mais il reste un conseiller », croit savoir Philippe Ginestet, qui avait été sollicité par Isenegger dès juin dernier, au nom de... Roman Loban.
LES POINTS D'INTERROGATIONS. - Roman Loban (27 ans), financier estonien qui a créé le 5 novembre la société vouée à racheter le Racing, a initialement été présenté par Julien Fournier lui-même comme le principal actionnaire du club.
Dans ces mêmes colonnes (voir DNA du 6 décembre), Jafar Hilali (32 ans) - soit le deuxième nom à être évoqué par le PDG en conférence de presse - affirmait le lendemain qu'un dénommé Alain Fontenla, Français âgé de 35 ans, prendrait à court terme les rênes du club, MM. Hilali et Fontenla étant associés à la tête de Carousel Finance SA.
Une information confirmée hier par Julien Fournier, qui n'a pas encore rencontré son nouveau patron mais s'est entretenu avec lui au téléphone. « M. Fontenla viendra se présenter à la Meinau en fin de semaine, dit le PDG. Cela devient urgent et impératif. »
Reste à savoir quel rôle Roman Loban a joué dans toute l'affaire, lui qui s'est éclipsé après avoir pourtant racheté toutes les parts de Philippe Ginestet et être entré en contact avec Fournier. Cette volte-face a visiblement contrarié le PDG, gêné aux entournures l'autre vendredi en conférence de presse quand il s'est agi de clarifier une situation opaque. Et pour cause...
Ça va bouger
sur le terrain
JANIN. - Depuis la défaite à Nîmes - la septième en dix-sept journées -, vendredi soir, le sort de Pascal Janin semble scellé. Le successeur de Gilbert Gress, à la tête de l'équipe depuis le 12 août, ne se berce guère d'illusions. « Je ne suis pas naïf, disait-il hier à l'issue de la séance d'entraînement. Au regard de notre classement, de notre parcours et du contenu en termes de jeu, le nouveau président se pose certainement des questions. Je suis aussi pragmatique. J'attends donc d'en discuter avec lui. »
Le rendez-vous est programmé aujourd'hui, après l'entraînement du matin (10h). Même s'il s'en défend, Pascal Janin semble d'ores et déjà préparer sa sortie.
« Je ne sais pas si je dois parler au présent ou au passé, mais si j'avais disposé de l'un ou l'autre renfort en attaque, comme je le réclamais depuis quelques semaines, nous n'en serions peut-être pas là, ajoute le moustachu. Statistiquement, il y a d'ailleurs fort peu d'équipes qui s'en sortent en changeant juste l'entraîneur. Il faut aussi renforcer la qualité sur le terrain. »
Quoi qu'il en soit, Janin se dit prêt « à écouter » Julien Fournier, sans fermer la porte à une proposition de reclassement au sein du club, le cas échéant.
SANTINI. - Jacques Santini (57 ans) tient toujours la corde pour succéder à Pascal Janin sur le banc strasbourgeois. Selon nos informations, l'ancien sélectionneur des Bleus - d'août 2002 à juin 2004 - pourrait être nommé dès aujourd'hui, ou au plus tard demain.
Julien Fournier a en tout cas rencontré le Franc-Comtois, libre de tout contrat depuis sa dernière mission à Auxerre (2005-2006), hier après-midi à Lyon. « Je n'ai pas l'habitude de commenter les rumeurs concernant les transferts », s'est borné à répondre le PDG.
Dans la liste des successeurs potentiels, le nom de Santini figure en haut de page, devant celui de Jean-Pierre Papin. L'ex-entraîneur du Racing, lors de la saison de la remontée (2006-2007), a lui aussi eu la visite de Fournier, dimanche. Mais le Ballon d'Or est parti avec une longueur de retard sur l'expérimenté Santini, qu'il n'est a priori pas parvenu à combler. Les deux intéressés sont bien sûr restés injoignables, hier. Réponse dans les prochaines heures.
JOKER. - En attendant l'ouverture du mercato, en janvier, le Racing serait peut-être inspiré de recruter un joker offensif pour les deux derniers matches de Championnat, contre Guingamp (18 décembre à 20h30) et au Havre (22 décembre à 20h30).
Si Rodrigo purgera son match de suspension contre Thionville en coupe ce dimanche, Bellaïd et Fauvergue manqueront le rendez-vous contre l'équipe bretonne, pour une accumulation d'avertissements. Sans son pilier défensif ni son meilleur buteur (8), le Racing paraît fort dépourvu. « Que ce soit moi ou mon successeur, il s'agira de se creuser les méninges, conclut Janin. Recruter un joker serait une bonne idée. »
La piste qui mène à Mickaël Poté, le Clermontois qui se morfond sur le banc niçois, pourrait être réactivée.
« Sur des bases
saines et solides »
CONCLUSION. - Plutôt fâché de la tournure prise par les événements ces derniers jours, Julien Fournier espère partir sur « des bases saines et solides » pour sa première semaine complète à la tête du Racing. L'arrivée de Jacques Santini et d'un joker conféreraient donc un début de crédibilité à son discours. Cela prouverait en tout cas qu'un jeune patron - en l'occurrence Alain Fontenla - est en mesure de payer les traites, donc d'appuyer la politique sportive de son PDG.
Il est grand temps, désormais, de quitter les astres et les nébuleuses pour poser les deux pieds sur terre. Et repartir de l'avant, enfin.
Sébastien Keller