A priori, Pascal Janin a dirigé sa dernière séance en tant qu'entraîneur hier après-midi. A priori, ses dirigeants ne lui ont pas assuré une dernière des plus élégantes. A priori, la DNCG n'a pas pris de décision concernant les nouveaux dirigeants du Racing qui se sont emmitouflés dans un silence assourdissant. Et inquiétant. Après l'ombre d'un Papin, désormais virtuelle, c'est l'idée d'un désastre absolu qui plane au-dessus de la Meinau ce matin.
Alain Fontenla, le nouvel homme fort du Racing, était devant la DNCG hier, pour convaincre de la solidité du plan de reprise du Racing. Le gendarme financier a refusé de rendre son verdict sur le dossier. (Photo DNA - Laurent Réa)
C'était officiellement la dernière et il ne savait pas vraiment ce qu'il allait faire de son mercredi. Un peu après 16 heures, Pascal Janin est apparu sur l'un des deux terrains d'entraînement de la Meinau pour diriger la séance du jour. Il a concocté une opposition pour la vingtaine de joueurs pros rassemblés sous ses ordres. Il a parfois prodigué des conseils, de-ci de-là, pendant une bonne heure, avant que sa troupe ne soit vite attirée vers le vestiaire par les frimas hivernaux.
Pendant toute la journée d'hier, évidemment essentielle dans la vie d'un Racing Club de Strasbourg convoqué devant la DNCG pour vérifier la validité du plan de reprise par ses nouveaux propriétaires, il n'y eut longtemps que le « soleil qui poudroie et l'herbe qui verdoie » pour reprendre la désespérante attente de la dernière femme de Barbe Bleue. Et l'entraîneur intérimaire ignorait, à la tombée de la nuit, si sa pige devait encore se prolonger. Il était encore dans l'ignorance à une heure bien avancée.
Janin : « Je fais mon métier
d'entraîneur donc je prépare
le match à jouer »
Il y avait de la dignité dans ce qui apparaissait comme son dernier message en tant qu'entraîneur puisqu'il devait laisser la place à son successeur désigné ce mercredi. Il y avait quelque chose de pathétique à ce que la seule voix officielle ayant résonné dans la journée soit celle d'un technicien dont on avait coupé la tête cinq jours avant.
« J'ai un contrat d'entraîneur qu'on n'a pas dénoncé, soulignait Janin, égal à lui-même, dans le noir d'une fin de jour bien triste pour le RCS. Je fais mon métier d'entraîneur et, donc, je prépare le match à jouer. Le téléphone n'a pas sonné jusqu'à présent ». Le Racing s'enfonçait un peu plus dans les méandres de la marche sur la tête.
A 72 heures d'un match importantissime pour ne pas sombrer un peu plus dans les bas fonds de la L 2, le club strasbourgeois a un entraîneur pigiste, un effectif rabougri avec les suspensions de Bellaïd et de Fauvergue pour l'échéance du week-end et une direction qui a mis des plombes à répondre. Et il n'y a que des regrets à nourrir devant les nouvelles catastrophes sportives annoncées.
En dépit, du discours de circonstance du capitaine Lacour (voir ci-dessous), le technicien, qui s'est dit « calme et serein mais qu'en apparence » n'a pu que porter un regard désabusé sur la situation : « Je regrette que l'on annonce des choses et que les choses ne se fassent pas dans le respect du timing. C'est déjà dur d'être coach. C'est encore plus dur de l'être quand ce n'est plus vous le patron ».
Sur le terrain, la différence n'a pas sauté aux yeux. Et Pascal Janin n'a pu que relever le « sérieux » mis en oeuvre par ses protégés pour poursuivre la préparation du match de Guingamp. Or, c'est bien à Paris que les choses sérieuses se sont passées, concernant l'avenir du Racing.
Une nouvelle convocation
devant la DNCG le 6 janvier
Alain Fontenla, le nouveau propriétaire propulsé en première ligne depuis cinq jours, Julien Fournier, le nouveau président salarié, et Jean-Luc Herzog, l'ancien directeur général en charge des affaires courantes, étaient entendus en fin de matinée par le gendarme financier du foot français, la DNCG.
Ils ont tardé à donner la teneur d'une convocation majeure et son verdict. Finalement, un communiqué officiel est tombé à... 22h57 : «Alain Fontenla a été reçu ce matin à la DCNG comme c'est d'usage dans la reprise d'un club. Étant donné l'état des comptes financiers laissé (sic !) par Philippe Ginestet et Jean-Luc Herzog, il a été demandé au nouvel actionnaire de répondre à une négligence de trésorerie. Il est bien entendu que M. Fontenla répondra favorablement à la demande de la DNCG et le nécessaire sera fait dans les délais souhaités.»
Il n'est pas sûr que la réaction du financier indépendant basé à Londres calme l'inquiétude. Il est même assuré qu'il corresponde à une déclaration de guerre à l'adresse de l'ancien propriétaire du club. En dépit des assurances édictées, il n'est sans doute pas la garantie d'une éclaircie au-dessus d'un club plongé dans un épais brouillard et dont la trajectoire semble un peu plus chaque jour avoir emprunté une impasse.
Car si le rendez-vous parisien a permis aux hommes forts de se présenter, il n'a pas convaincu les membres de la Commission de Contrôle des Clubs Professionnels.
La venue du Ballon d'Or n'est
plus qu'une hypothèse
improbable ce matin
Plusieurs options sont, dès lors, envisageables. Il s'agit soit d'une simple mise en délibéré, soit d'une demande de documents complémentaires. Et d'aucuns décèlent dans ce souci un désagrément chronologique majeur. Les membres de la DNCG souhaiteraient également en savoir plus sur la provenance des fonds investis dans le club. La nouvelle convocation interviendrait le 6 janvier.
Le « timing » que regrette le futur ex-entraîneur aux manettes s'avèrerait un peu plus catastrophique au regard des exigences de celui pressenti pour lui succéder. Jean-Pierre Papin veut bien revenir sur le banc strasbourgeois. Il souhaite y avoir les coudées franches et pouvoir recruter. Cela ne semble plus possible alors que le mercato hivernal s'ouvre le 1er janvier et qu'un ravalement de façade radical constitue le seul moyen d'exister dignement en L 2. La venue du Ballon d'or n'est plus qu'une hypothèse presqu'improbable ce matin.
L'ombre d'une catastrophe rôde au-dessus de la Meinau où il se murmurait même que Julien Fournier demissionnera dans les prochaines heures. L'obscurité du plan de reprise n'est pas loin non plus de faire apparaître le spectre d'une relégation sportive, peut-être administrative, et la possibilité d'un naufrage dans les grandes largeurs d'un club en manque de capitaine.
En attendant que les hommes aux commandes veulent bien rendre compte de la situation, les joueurs sont convoqués cet après-midi pour l'avant-dernier entraînement de la semaine. Il avait initialement été programmé le matin. « On l'a programmé finalement l'après-midi, a lâché Janin pour marquer qu'il n'était pas à l'initiative du changement d'horaire. J'attends la suite, c'est tout ». Elle est potentiellement à craindre car le pire est peut-être à venir.
François Namur (avec Seb.K.)