Il ne s'est pas exprimé depuis qu'il a vendu le club, début décembre, ce qui a contribué à ouvrir une ère fort cahoteuse au Racing. Philippe Ginestet revient pour défendre son bilan, admettre ses torts et exprimer ses craintes devant l'évolution d'un club à ses yeux en danger.
Philippe Ginestet a été estomaqué par la revente du Racing, quelques jours après qu'il a lui-même revendu le club au projet porté par Julien Fournier et soutenu par Roman Loban. (Photo DNA - Laurent Réa)
- Vous n'avez pas pris la parole, alors que le club traverse une période extrêmement compliquée depuis que vous l'avez vendu. Pourquoi avoir opté pour cette posture ?
- Je ne souhaitais pas nuire à toutes les discussions en cours. Et ajouter ma voix dans les commentaires, c'était surtout l'assurance de nourrir la cacophonie.
- Il reste qu'on vous fait le procès d'avoir vendu à des hommes peu recommandables. Éprouvez-vous des regrets par rapport à cette vente ?
- On m'accuse d'avoir vendu rapidement notamment, mais je rappelle que pendant plus de six mois, le club était à vendre officiellement. Ensuite, l'avocat Bernard Alexandre a été contacté par Ralph Isenegger qui a présenté un projet dirigé par Roman Loban et Julien Fournier. C'est ce dernier qui m'a convaincu. L'acte de vente stipulait qu'il devenait président. Au regard du parcours qu'il a eu à Marseille, il m'a inspiré confiance.
Je n'ai découvert que par la suite l'arrivée d'un nouvel actionnaire, Alain Fontenla. J'ai été estomaqué de la revente du club intervenue très rapidement. Je me suis aussi retrouvé devant le fait accompli.
« Avec le budget annoncé,
on est contraint de
démanteler la structure »
Je regrette l'agitation qui marque le club depuis, alors que j'ai privilégié une certaine stabilité au niveau de la direction, pendant quatre ans. Et j'éprouve aussi des regrets par rapport à la situation sportive. Malgré le début de saison catastrophique, le Racing n'est finalement qu'à onze points du podium.
- En voulez-vous à ceux qui vous font incomber la situation actuelle ?
- Ce qui m'interpelle, c'est pourquoi les « investisseurs locaux » n'ont pas pris contact avec moi pour acheter le club il y a six mois. Ensuite, je veux bien prendre la responsabilité d'avoir un peu bousculé l'ordre établi, d'avoir assuré des exercices bénéficiaires pour le club, d'avoir nourri la confiance de la DNCG pendant quatre ans et d'avoir échoué d'un point dans l'opération remontée la saison passée. Mais les trente ans d'instabilité, franchement, je n'y peux rien.
- Il n'empêche que le Racing est en danger, quatre mois après que vous l'ayez vendu. Etes-vous inquiet ?
- Il faut d'abord tirer un coup de chapeau au groupe sportif. Il s'est montré uni et soudé dans la tempête. Ensuite, Jean-Claude Plessis connaît parfaitement le boulot de président. Mais à mes yeux, abaisser le budget à 12 millions d'euros, cela me paraît presque impossible. Il faut un investissement, c'est indispensable. Entre le centre de formation et l'entretien du stade, on part sur une dépense de 4 millions d'euros. Il n'y aurait que huit millions d'euros à consacrer à l'effectif pro. Le Racing s'appuie sur une structure de L 1. Avec le budget annoncé, on est contraint de démanteler la structure.
« On peut s'interroger sur
l'absence d'équipe
de haut niveau à Strasbourg»
- Le Racing serait-il dans une impasse, entre un héritage trop lourd à porter et un présent sans perspective ?
- Le premier constat, c'est qu'il y a beaucoup de gens qui veulent exister à travers le Racing et tirer parti de son image. Et qu'apportent-ils ? Au total, pendant cinq ans, j'ai personnellement dépensé 3,8 millions d'euros pour assurer son train de vie au club. Dans un autre domaine, alors qu'un grand club contribue à l'image d'une ville, les collectivités locales ont décidé d'augmenter de 1000 % en 2001, le coût d'exploitation du stade. On est passé d'un loyer annuel de 150 000 euros, à un coût d'1,6 millions d'euros par an.
On peut d'ailleurs s'interroger sur l'absence d'équipe de haut niveau dans un sport majeur au sein de l'agglomération strasbourgeoise. Autour du Racing, il y a un vrai potentiel, mais des moyens insuffisants. L'environnement doit apporter plus à son club. En ce sens, le stade reste un désavantage.
- L'échec de l'EuroStadium et le constat de moyens exangues constituent-ils donc vos principaux échecs ?
- Je le répète, chaque exercice a été bénéficiaire. Et l'intérêt de Hammerson pour un investissement à Strasbourg de plusieurs centaines de millions d'euros a contribué au versement d'1,5 millions au Racing. Il faut savoir ne pas se défiler au premier résultat défavorable pour s'en sortir. Pour ma part, j'avais notamment injecté trois millions d'euros, en octobre 2004, alors que le club était dernier. Il en avait été de même en décembre 2005. Le sort nous a été défavorable lors des deux dernières saisons. Cela a tenu à peu de choses. J'ai voulu arrêter après la défaite de Montpellier (ndlr : 2-1, lors de la dernière journée, ce qui a empêché le Racing de remonter). Pour la saison actuelle, je me suis contenté de revenir, pour promouvoir Janin, ce que je ne regrette pas.
Mais après, il y a effectivement ce constat contrariant. Le modèle du foot français prévoit 150 millions d'euros de déficit pour les clubs pros cette saison. Il n'assure l'équilibre qu'à la faveur de la revente de joueurs à l'étranger. Or, au regard de la crise, il est à peu près acquis qu'on n'y arrivera pas cette année.
Propos recueillis
François Namur