Euro 2016
Définitivement non
Jafar Hilali n’a pas réussi davantage que ses prédécesseurs : son projet de nouveau stade est enterré. La Meinau restera le fief du Racing. Ar chives Jean-Marc Loos
La Ville de Strasbourg, qui avait fin juillet renoncé à sa candidature à l’accueil de l’Euro 2016, a jugé que le dossier de nouveau stade présenté par le propriétaire londonien du Racing Jafar Hilali ne justifiait pas de la redéposer.
Jafar Hilali peut ranger ses documents dans un tiroir. Le patron de Carousel Finance espérait relancer la candidature de Strasbourg à l’accueil de l’Euro 2016 grâce à la construction d’un nouveau stade. C’est raté. Depuis la mi-septembre, le propriétaire du Racing avait pourtant remué ciel et terre et créé le « buzz ». Il n’aura créé que ça.
Après une entrevue avec la Ville le mercredi 10 novembre, il avait déclaré que deux dossiers seraient présentés à cette dernière le 20 du même mois. Ils n’ont été déposés en mairie que le 17 décembre, juste avant une trêve des confiseurs qui n’a pas facilité leur examen. Sollicité dès dimanche par nos soins, mais désireux de ne pas s’exprimer avant d’avoir rencontré ses collègues en début de semaine, l’adjoint aux finances Alain Fontanel le dit aujourd’hui sans détour : « Nous avions dit que nous étions prêts à revoir notre position en cas d’éléments probants nouveaux. Il n’y en a pas. Ou plutôt si, un seul : l’engagement écrit des deux constructeurs potentiels d’ériger un nouveau stade pour 85 millions d’euros. C’est juste la confirmation formelle de ce qui nous avait été dit le 10 novembre. Cette confirmation est insuffisante. »
Les deux constructeurs - l’Allemand Max Bögl et le Suisse HRS Real Estate, mis en concurrence par Hilali - garantissent effectivement un coût de 85 millions, pour un nouveau stade de 35000 places (plus 2500 sièges VIP, dont 500 dans 30 loges) implanté à Eckbolsheim près du Zénith. « M. Hilali nous a livré ses documents avec un mois de retard. Nous pouvions donc espérer qu’ils seraient très détaillés », poursuit A. Fontanel, « En réalité, en marge d’une lettre de sa part qui tient en une page (1), nous disposons de deux courriers de Max Bögl et HRS, d’une page et demie chacun, dans lesquels ils s’engagent sur le prix. A celui de Bögl, non traduit de l’allemand, sont joints un plan de localisation à Eckbo, une coupe transversale du stade et une vue aérienne de ce qu’il serait. Le document de HRS est un fascicule de 5 pages, avec là aussi quelques dessins. Nous sommes assez loin d’un dossier complet permettant de déposer une candidature. Pour mémoire, le nôtre faisait plus d’une centaine de pages, pour répondre à des dizaines de questions et développer nos arguments. »
« Un financement privé marginal »
L’adjoint strasbourgeois relie cependant le refus de la Ville davantage au fond du dossier qu’à la forme. « Que disent les projets de Jafar Hilali ? Ils certifient un coût de 85 millions pour la seule enceinte, avec un financement public à 85 % et privé à 15 % (Ndlr : moins de 13 millions) supporté par une société de projet créée par le propriétaire du Racing. Les enjeux en termes d’accès, de transports et d’aménagements périphériques n’y sont pas du tout intégrés. Les collectivités devraient non seulement assumer 85 % du financement du stade, mais en plus prendre en charge le reste. Les documents fournis par M. Hilali ne permettent pas d’évaluer le coût global de l’opération. Mais sur la base de notre petite expérience en la matière, ce coût pourrait approcher celui pour lequel nous avons renoncé en juillet à notre candidature à l’Euro (2). Nous n’avons en outre reçu aucune lettre d’engagement de la société de projet sur les 15 %, ni d’enseignes commerciales comme Auchan ou Décathlon dont on nous avait dit qu’elles étaient disposées à s’installer près du stade. On se retrouve dans la même gamme de coût que précédemment, avec un financement privé marginal et, de surcroît, la Meinau sur les bras (voir encadré). Nous n’avons pas en notre possession d’éléments nouveaux suffisamment précis et sérieux qui changeraient le modèle économique et nous permettraient d’aller plus loin. »
Ainsi le « Hilali Stadium » ne verra-t-il pas davantage le jour que l’EuroStadium défendu il y a moins de deux ans par son prédécesseur Philippe Ginestet. Après un an de règne, le nouvel actionnaire majoritaire va désormais pouvoir se consacrer à ce qui reste sa mission prioritaire : remonter en Ligue 2 pour redonner au Racing un peu de son lustre d’antan.
Stéphane Godin
(1) Lettre qui précise que « respectueuses du cahier des charges (de l’UEFA pour l’Euro 2016), les sociétés Max Bögl et HRS se sont engagées à réaliser ce projet pour 85 millions d’euros. Elles comptent à leur actif de nombreux stades (Ndlr : Leverkusen, Francfort, Neuchâtel). »
(2) 160 millions révisés à 130 environ après l’élaboration d’un nouveau projet plus modeste
http://www.lalsace.fr/fr/article/441428 ... t-non.html